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La révolution numérique : l’humain d’abord

Depuis le début de la pandémie, les technologies numériques s’immiscent toujours plus dans notre quotidien et au travail. Un phénomène aux effets multiples auxquels les générations doivent réfléchir dès maintenant.

Par : Carol Allain, M.Sc, M.Éd, auteur et conférencier international

La crise sanitaire a tout particulièrement profité aux géants du Web, la GAFA(M) (Google – Apple – Facebook – Amazon – Microsoft) et le NATU (Netflix – Airbnb – Tesla – Uber), dont les revenus ont augmenté de manière exponentielle.

L’empreinte des géants

Depuis deux décennies, ces multinationales technologiques ont suscité de nouveaux modèles économiques, de nouvelles sources de revenus, de nouvelles relations clients, tout en réduisant les coûts opérationnels des entreprises. Elles ont également contribué à façonner l’esprit et les désirs des consommateurs en mettant à leur disposition des outils puissants et faciles d’accès (appareils intelligents – médias sociaux – sites transactionnels) dont ils peuvent difficilement se passer.

Aujourd’hui, l’ensemble des générations adhèrent à la culture mobile dominante alimentée par ces géants. Les objets technologiques rendent la plupart d’entre nous disponibles et joignables en tout temps. En quelques clics, des applications toujours plus nombreuses nous permettent désormais d’effectuer des transactions depuis notre foyer. Ainsi, sans vraiment nous interroger, nous nous laissons bercer sur la vague numérique sans savoir où elle nous mènera. Pourtant, une réflexion s’impose pour tenter de comprendre ce qu’il se passe dans nos vies réelles et virtuelles.

Des défis pour les générations

Les géants du Web engrangent des bénéfices faramineux dont une partie importante aboutit dans les poches d’une poignée de dirigeants milliardaires et à leurs actionnaires, à qui ils versent des dividendes, et ce, au détriment de l’investissement dans la revalorisation des salaires, dans l’emploi et la transition écologique, comme l’a dénoncé l’ONG OXFAM dans un rapport publié en septembre 2020. 1

L’un des grands défis des nouvelles générations sera de faire pression sur les États et leurs gouvernements afin que ces géants partagent plus équitablement la richesse. L’humain doit être replacé au centre des priorités.

À l’école

Les nouvelles générations se construisent désormais autour du numérique, mais sans y être préparés véritablement. La pandémie a d’ailleurs montré de façon éloquente à quel point les écoles québécoises, à quelques exceptions près, peinaient à prendre le virage technologique, faute de préparation et d’équipements adéquats. Cela dit, l’école à distance, rendue possible par l’utilisation d’ordinateurs portables et d’applications de visioconférence, a aussi révélé la grande souffrance des jeunes face à l’isolement et au manque de contacts sociaux.

Pour refléter davantage notre société, le défi des gouvernements et des ministères de l’éducation sera d’offrir un parcours scolaire plus adapté aux nouvelles technologiques, mais toujours au service de l’humain. L’autre défi sera d’éduquer les jeunes sur les enjeux éthiques du numérique (consommation d’énergie et de ressources, recyclage des techno-objets, protection des données et de la vie privée, inégalités sociales, etc.). Il faudra également instruire les jeunes sur l’intelligence artificielle (place des robots, pertes d’emplois) afin d’éveiller leur conscience dès leur plus jeune âge.

Au travail

La crise sanitaire a accéléré le recours au télétravail à un rythme tel que son adaptation demeure encore difficile, exigeante, laborieuse, tant pour les entreprises que pour les employés, les gestionnaires et les familles. Tous ont dû trouver des solutions autour des 8 R : Réinventer, Réparer, Renouveler, Résilier, Réapprendre, Redémarrer, Remanier, Réviser. La frontière entre le travail et la vie privée est de plus en plus floue, un phénomène appelé le « blurring ».

Malgré les difficultés vécues, une vaste majorité d’employés estime que le télétravail accroît indéniablement leur qualité de vie. Fini les heures passées assis dans sa voiture dans les embouteillages ou la trilogie du métro-boulot-dodo. Après la pandémie, il sera difficile pour les entreprises de ramener l’ensemble de leurs effectifs au bureau, du moins à temps plein, surtout chez les jeunes générations qui privilégient l’équilibre entre leur vie personnelle et le travail.

Encore une fois, ce sont les technologies des géants du Web qui ont permis ce virage vers le télétravail. Le recours à des applications comme Zoom et Messenger Rooms ou à des plateformes collaboratives comme Teams a explosé durant la période de confinement généralisé à travers le monde.

Dans l’entreprise

Que deviendra l’entreprise dans un tel contexte ? Au lieu de se replier sur ses pratiques anciennes devenues désuètes, elle devra faire preuve d’agilité et mettre l’accent plus que jamais sur l’humain. Car l’avènement du télétravail favorise la fin d’une approche hiérarchique et verticale au profit d’un modèle collaboratif et participatif davantage horizontal. À la place de cycles d’innovation lourds et d’un mode de travail en silo, elle devra s’entourer de talents agiles et d’esprits ouverts, privilégier le partage, la collaboration ainsi que l’expérimentation au sein d’équipes souples et mobiles, donc plus rapides à réagir.

Avec l’arrivée massive des générations Y et Z (plus de 75 % des collaborateurs en 2025) sur le marché du travail, l’entreprise devra adapter son modèle d’organisation afin d’intégrer harmonieusement l’approche horizontale et les technologies. Plus encore, elle devra développer une organisation apprenante qui donne à chacun la possibilité d’exercer une action qui est la plus autonome et la plus créative possible. Enfin, elle devra mettre en place une éthique numérique pour veiller notamment au respect des valeurs de l’organisation et de la vie privée de ses employés.

Les jeunes ont à cœur d’évoluer dans un monde du travail sans conflits, sans classes, sans inégalités et, sans discrimination ou intimidation, où les directions et les collaborateurs s’associent autour de projets écologiques, solidaires et d’inclusion sociale. Ainsi, l’occasion est belle de réfléchir ensemble aux limites des technologies et des multinationales qui les créent. Comment promouvoir, d’un côté, une offre de service innovante face aux nouvelles générations exigeantes et avides d’expérience, et, de l’autre, susciter de nouvelles alliances suffisantes pour agir sur les géants du numérique ? Selon moi, ces réflexions doivent être cœur de la mission de l’entreprise.

Mon souhait le plus cher est que nous parvenions à mobiliser l’intelligence collective de chaque génération pour rendre le numérique et les géants du Web plus responsables. Et ses utilisateurs aussi !

  1. OXFAM, « Covid-19 : les profits de la crise », 10 septembre 2020. https://www.oxfam.org/fr/publications/covid-19-les-profits-de-la-crise

 

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