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La génération Alpha : grandir dans un monde en perpétuelle évolution

Née entre 2011 et 2025. Quel avenir pour elle, quels changements attendus, quelle évolution fera l’objet d’une transformation majeure ?

Par : Carol Allain, M.Sc, M.Éd, auteur et conférencier international

Qui sont les Alphas ?

À peine née, cette génération a déjà un nom, donné par Mark McCrindle, chercheur australien en sciences sociales. La génération Beta, qui naîtra de 2025 à 2039, sera la suivante. Les étiquettes se poursuivent.

Selon l’étude de McCann Worldgroup Canada (2018), cette nouvelle génération qui s’est amorcée en 2011 est issue à 63 % de parents Y (1980-1995). Les plus âgés des Alphas ont 10 ans et les plus jeunes ne sont pas encore nés. 

Le petit Alpha grandit au sein d’un monde en perpétuelle évolution. Famille traditionnelle, monoparentale, homoparentale, transgenre, recomposée, tous les modèles sont possibles. Avec lui, la fin des genres deviendra peut-être une réalité. L’Alpha, via ses parents, vit souvent de l’instabilité sur différents plans (logement, emploi, finances), ce qui devrait lui donner une grande capacité d’adaptation et une plus grande tolérance face aux situations.

Une génération plus instruite

Cette génération sera la plus instruite, la plus connectée et, globalement, aura des moyens financiers supérieurs aux générations précédentes. Plus encore que les Z, les Alphas « googleront » et s’auto-initieront à une foule de choses dès leur plus jeune âge. Sans jamais se déplacer et depuis la maison, ils ont déjà accès à une somme incroyable de connaissances à travers leur écran, un objet devenu un véritable outil pédagogique. Il y a fort à parier que cette génération sera tout aussi ludique, intuitive et créative que la génération Z, dont elle renforcera les acquis sur le plan technologique. Les parents seront donc invités à les accompagner financièrement dès leur jeune âge afin de sécuriser leur avenir académique.

Cet accès précoce aux connaissances changera leur rapport au savoir, qui sera sans doute plus utilitaire et opportuniste, soutient le sociologue Rémy Oudghiri dans Ces adultes qui ne grandiront jamais : petite sociologie des grands enfants (Arkhé, 2017). Plus pragmatiques encore que les Z, les Alphas seront en quête de solutions pour répondre à des problèmes spécifiques, comme la pollution et le déclin de la biodiversité sur la planète. Plus autonomes encore dans leur apprentissage que les générations précédentes, ils souhaiteront créer leur propre modèle pédagogique en dehors de l’école traditionnelle. Dan Schawbel, un expert générationnel américain, croit même que dès l’âge de 10 ans, certains auront déjà créé leur propre entreprise, à l’image des Z.

À partir de ces premières observations, on sait déjà que plus rien ne sera comme avant pour cette génération en devenir, ce qui soulève d’importantes questions :  

  • Qu’adviendra-t-il de l’école ou de l’université, alors que les Z prônent déjà une réforme complète de leur concept ? 
  • L’enseignement sera-t-il dispensé en ligne par des enseignants en classe et selon des séquences différentes au fil de la journée ? Cette nouveauté provoquerait un grand bouleversement de notre monde, une révolution !
  • Les Alphas devront-ils apprendre à conduire alors que s’amorcera bientôt l’ère de la voiture sans conducteur ? 
  • Quelle sera la place de l’activité physique dans leur vie ? 
  • Auront-ils à apprendre une langue étrangère alors que les traducteurs intelligents se multiplient et se perfectionnent sans cesse? De nombreuses applications proposent déjà d’apprendre une langue gratuitement en un temps record. 
  • Prépareront-ils encore des repas ou laisseront-ils à des robots la corvée des tâches ménagères ? 
  • Les applications numériques pour commander en ligne feront-elles l’objet d’une plus grande vigilance ne serait-ce que par l’abus de leurs utilisations ? 

Quel rôle parental à privilégier face à la génération Alpha ?

Sur le plan humain, on peut d’abord s’interroger sur le rôle parental et de l’orientation qu’il prendra. Sera-t-il question d’un « moi je » plus individuel, plus personnel — « moi je veux, moi je prends » — ou alors serons-nous témoins d’une éducation parentale axée sur l’autre, prendre soin de l’autre — « moi je donne, moi je partage » ? J’ai déjà évoqué dans mes livres précédents et mes conférences, combien il est important pour la structuration d’une personnalité de développer le savoir et le savoir-faire et, par la même occasion, les mots pour le dire, la politesse des manières.

Les parents de la génération Alpha devront rompre ou décrocher de leur identité consumériste. Ce « moi d’abord » acclamé par les générations Y et Z, semble prendre la forme d’un revers face aux projets collectifs, à la méfiance occasionnée par le progrès et à la nécessité d’accepter des contraintes et des limites.

La verticalité à l’épreuve de l’horizontalité

Dans une telle situation, il sera impératif que les nouveaux parents offrent la possibilité d’un retour — ne serait-ce que partiel — à des valeurs dites du passé (engagement, loyauté, sacrifice, devoir). Un nouvel équilibre entre les valeurs verticales (appartenance, devoir, engagement, loyauté) et les valeurs horizontales (égalitarisme, autonomie, réseaux, collaboration) apparaît essentiel.

Il serait souhaitable que cette nouvelle jeunesse puisse aussi s’exprimer sous des formes variées — orale, musicale, écrite ou manuelle — sans toujours recourir à la technologie. Apprendre lentement, mais sûrement, en utilisant un stylo, des feuilles de papier, des pinceaux, un instrument de musique. Faire du sport, ou tout simplement bouger. Abandonner l’écran. Se déconnecter. La capacité de prendre de la distance par rapport à l’immédiateté, privilège de la lente maturation, est nécessaire.

En attendant, permettons au petit Alpha de vivre son âge, d’exercer son imagination, de découvrir ses ambiguïtés, de faire des erreurs. Parlons-lui au lieu de le texter. Réservons des périodes bien définies à l’usage de la tablette numérique et du téléphone intelligent. Tendons-lui un livre et des jouets bien réels à la place. Et surtout, laissons-le s’ennuyer de temps en temps seul dans son coin. Ne faisons pas de nos enfants des adultes avant l’âge. Le génie est là : dans l’espace laissé au rêve, à l’insouciance, à l’innocence, dans l’éclosion des questions qu’il suscite.

Pour en savoir plus: Le Choc des générations, Une histoire à raconter, un dialogue à construire, Éditions Château d’encre, Montréal, 2020.

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