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Le concept de culture d’entreprise : qu’en pensent les nouvelles générations ?

Malgré tous les avantages qu’une entreprise peut offrir aux nouvelles générations, elles quitteront sans hésiter un emploi où elles ne sont ni heureuses, ni respectées, et où leurs talents ne sont pas reconnus. Ce qu’elles recherchent : un sens à ce qu’elles font, un sentiment d’utilité, d’appartenance et de reconnaissance.

Par : Carol Allain, M.Sc, M.Éd, auteur et conférencier international

Née d’une profonde remise en cause du facteur humain dans l’entreprise

Durant la crise que traversèrent les années 1960, le concept de culture d’entreprise se trouva mobilisé dans le débat du changement. L’humain, trop souvent négligé, devait prendre sa place. Il fallait donner un sens au travail et transformer les anciennes méthodes de gestion du personnel. On vit se dessiner alors la culture d’entreprise sous l’angle du management. Le thème du concept de la culture d’entreprise devait permettre, pensait-on, de mettre l’accent sur l’importance du facteur humain dans la production.

Toutefois, cette « nouveauté » n’allait-elle rester qu’un phénomène superficiel et éphémère ? Non. La réalité témoigne aujourd’hui qu’il s’agit souvent d’un instrument très utilisé même si celui-ci peut parfois se révéler être une contrainte redoutable à cause de sa complexité. De nos jours, nombreuses sont les entreprises qui intègrent ce nouveau paramètre. Depuis les années 2000, il n’est pas étonnant d’observer certains privilèges consentis à l’aspect individuel au détriment, parfois, de l’aspect collectif. Bien entendu, avec l’importance croissante des réseaux sociaux, on semble penser que les formes de vie collective ont évolué plutôt que disparues. Or, les réseaux sociaux ont cette particularité de proposer une forme de vie collective qui ne correspond pas exactement à celle du travail en entreprise : au bureau, on ne peut pas encore rayer ses collègues de sa liste d’amis.

Une évidence s’impose d’emblée 

Le concept de culture suscite de nombreuses confusions et permet toutes les interprétations. Le terme “culture” pourtant rebattu, n’admet pas en ce qui le concerne, une caractérisation, une définition unanimement acceptée. Ethnologues, anthropologues, sociologues et psychosociologues en font de surcroît un usage assez fondamentalement différent, ce qui contribue à en assombrir la signification. Cette conduite résulte vraisemblablement de la dimension universelle qu’engage ce concept. Il n’existe pas d’accord commun quant à une définition, une formulation simple, car quel que soit son sens, la culture ne se développe pas en vase clos !

Comme le précise le sociologue et anthropologue Denys Cuche « Il s’agit donc pour les équipes de direction, dans les années 1980, de réhabiliter l’entreprise à travers un discours humaniste1. »

Que peut-on en déduire ? 

Afin de répondre aux exigences des générations nouvelles, l’entreprise doit se réinventer. Les jeunes exigent que le travail soit désormais non seulement un lieu d’authenticité où ils peuvent s’épanouir et se dépasser, mais qu’il soit également en phase avec leur vie. I. H. Smith et M. Kouchaki se demandent : « Comment faire pour que la culture d’entreprise puisse fonctionner comme un laboratoire de développement personnel2 ? ». Puisque l’entreprise est composée de sa propre culture, de ses valeurs, elle doit consentir à intégrer les valeurs propres à chaque individu participant au développement de celle-ci.

Parce que l’engagement reste une condition essentielle pour produire un travail de qualité, les entreprises doivent s’y intéresser et aider les employés à réconcilier sens et travail. Ceci passe effectivement par l’amélioration des conditions et de l’environnement de travail, mais aussi par la reconnaissance des conditions subjectives (mes émotions, mes sentiments, mes affects) auxquelles adhèrent fortement les générations nouvelles. Au final, c’est le rapport au travail, la manière d’opérer et de l’aborder qui devra être repensé.

La constante  

La majorité des jeunes souhaitent travailler dans une entreprise qui correspond à leurs valeurs. Ils doivent pouvoir se reconnaître tant dans ce que l’entreprise produit, que comment elle le produit. Certaines valeurs actuelles relatives à la diversité et à l’environnement, entre autres, ne peuvent plus être mises en doute. Elles guideront nos jeunes dans leurs choix futurs : ils en sont convaincus.

1Denis Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales, La Découverte, Paris, 2016, p. 130.

2Construire une carrière éthique une approche en trois étapes pour relever les défis moraux au travail, Northwestern
University, résultat de recherche, Revue, 2018.

 

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