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Dans ce monde en perpétuelle mutation, quelles sont les valeurs à transmettre à nos jeunes ?

Pourquoi la discipline, le respect de l’autorité, l’importance d’imposer des limites et les règles établies par les générations précédentes sont-elles si peu valorisées aujourd’hui ? Que doit-on comprendre des valeurs priorisées par les parents des nouvelles générations : la facilité, la permissivité, la négociation et le dialogue ?

Par : Carol Allain, M.Sc, M.Éd, auteur et conférencier international

Ce texte s’adresse aux parents, aux établissements scolaires, aux entreprises et autres accompagnateurs qui désirent se poser la question suivante : comment être en phase avec les valeurs et parcours de vie auxquels les jeunes adhèrent ?

Les jeunes occupent une place centrale dans le règne actuel du sentimentalisme et de la bonne intention. Cette situation est liée aux changements historiques sans précédent du tissu sociétal et éducatif. « L’enfant du désir d’enfant », pour reprendre l’expression du sociologue français Paul Yonnet (Le Recul de la mort. L’avènement de l’individu contemporain, Gallimard, 2006), voulu et programmé par les parents, est surinvesti d’attentes et souvent glorifié comme un « petit prince ». Pour le dire de façon plus schématique, on est passé de « Sois jeune et tais-toi » à l’enfant « au centre » de tout, appuyé par des pédagogies modernes qui cherchent à le rendre autonome au plus tôt et à lui permettre de s’exprimer librement.

Ce virage fait en sorte que les adultes, les éducateurs et les institutions assument désormais avec difficulté leur rôle d’autorité et de transmission. Les jeunes se retrouvent ainsi dans des situations paradoxales, ne sachant plus à quel modèle s’identifier ni se raccrocher. Le paradoxe de cette situation multiple est que le parent, autrefois considéré comme l’expert, est devenu le partenaire des spécialistes.

Au nom du bonheur de l’enfant, de l’adolescent, du jeune adulte, certaines formes de discipline et d’apprentissage ont disparu au profit de la facilité, de la permissivité, de la négociation. Nous avons « consenti » à les séduire pour éviter les tensions engendrées par leur mécontentement à respecter des règles et des limites. Le problème, c’est qu’un jour, le jeune grandit et rencontre l’autre. Lorsque son attitude est remise en question par les copains, les professeurs ou l’employeur, il se demande ce qui ne fonctionne pas, ou ce qui lui vaut des réprimandes en classe ou des refus des parents dans certaines situations. Le problème de la séduction, c’est qu’elle est le produit d’un système qui empêche le développement de la reconnaissance de l’autre.

Il en résulte une génération de jeunes dont la valeur fondamentale est la réalisation de soi et non plus l’intégration dans le lien social. Daniel Marcelli (Le règne de la séduction, Albin Michel, 2012) écrit : « Ce sont des personnes qui ont bien compris qu’il ne fallait pas user de la force pour assujettir l’autre et qu’il suffisait d’employer la séduction pour avoir son prochain à sa merci et arriver à ses fins. »

L’espoir des jeunes

À l’instar de leurs prédécesseurs, les jeunes se mobilisent de plus en plus pour dénoncer les exactions du présent qui grèvent le futur, un héritage marqué à la fois par la dette et le doute, ainsi que par les promesses non tenues. De ces combats résultera le besoin de rationaliser certains choix, ce qu’ils font déjà très bien en faisant connaître leurs besoins, leurs ambitions, leurs rêves et leurs expériences vécus en société : le rejet des modes capitalistes de production/consommation, l’implication de la responsabilité sociale de l’employeur et des questions d’éthique, le respect de l’environnement et des écosystèmes, les droits humains, la contribution au développement local et la lutte contre toutes les formes de discriminations.

Le besoin de rechercher des rapports d’égalité plutôt que de hiérarchie, de s’approprier des valeurs qui tournent autour de l’autonomie, de l’expression personnelle et du pouvoir de dire est une consolation. Ils ont à cœur le sort de l’humanité car ils sont citoyens du monde.

Derrière la mise en déroute des relations de subordination, c’est ce souci de rester « authentique » qui se manifeste.

« Par rapport aux générations précédentes, les jeunes d’aujourd’hui gardent espoir, sont bien plus ouverts sur le monde et déterminés à le rendre meilleur. Les jeunes générations sont certes inquiètes pour l’avenir, mais elles considèrent aussi qu’elles font partie de la solution », a déclaré Catherine Russell, cheffe de l’UNICEF.

*Lecture proposée : Génération Z, l’humanité numérique en marche, Château d’encre,
Montréal, 2019. Disponible sur le site internet.

 

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